8. Comment réparer un radiateur et se faire entôler dans un motel

Avec Cammy, on se retrouve aux aurores sur le parking du Lone Star. Le proprio du motel est vraiment quelqu’un de bien : il me fait cadeau d’un bidon de Stop Leak de chez Bar’s, le truc idéal pour réparer le radiateur du pickup. Rien de plus simple : vous mettez à niveau le circuit de flotte, vous démarrez le contact et vous poussez le chauffage à fond. Vous attendez tranquillement que le moteur soit bien chaud, et vous versez tout doucement le bidon d’aluminium liquide dans le vase d’expansion. Vous pouvez fumer, tranquille, en laissant cette purée bien prendre tandis que le moteur tourne, et au bout d’un quart d’heure vous faites quelques tours sur le parking.

Cammy se couche sur l’asphalte pour regarder sous l’avant de la caisse tandis que je fais ronfler le moteur à l’arrêt. Impec, plus une fuite. On remercie le taulier du Lone Star, on lui en serre cinq, on reprend la route.

Au bout de quelques miles, Cammy réalise qu’il lui manque cent dollars et quelque dans son portefeuille. Les pétasses de la veille ! Encore heureux qu’elles ne lui aient pas étouffé ses papiers, son passeport, son permis de conduire international. On n’a pas l’air con, tiens. Le frenchie s’en veut de s’être fait avoir comme un bleu, mais on finit par plaisanter là-dessus parce qu’il recommence avec ses putains de regrets, dit encore qu’il se serait bien fait la jeune. Il est indécrottable. Je commence à songer que si on mettait un compteur sur la bite de ces français, l’aiguille tournerait toute la sainte journée. On a une petite conversation là-dessus en filant vers la Louisiane. Ça donne à peu près ça :

« J’aurais dû insister, j’aurais pu me faire la fille.

― C’est ça. Et moi j’aurais pris la mère, c’est ce que tu penses, hein ?

― C’est pas ce que je dis. Et puis, la mère n’était pas si vieille, elle avait de beaux restes.

― T’as vraiment rien compris alors, pas vrai ?

― Pas compris quoi ?

― La vieille, c’était pas la mère, et l’autre n’était pas sa fille.

― Ah ouais ? Et quoi d’autre ?

― Elles étaient ensemble.

― Tu pourrais être plus clair ?

― Des gouines. Ces deux-là, c’était rien qu’une paire de gousses, tu peux me croire. Et sacrément futées si tu veux mon avis. »

Ça lui en bouche un coin. Je lui refais le film, l’attitude de la jeune et de la plus âgée l’une envers l’autre, des petits détails qui ne trompent pas, en tout cas qui ne trompent pas un vieux bonhomme dans mon genre. Je vois Cammy du coin de l’œil qui prend peu à peu conscience de sa méprise, et qui regarde encore dans son portefeuille l’absence de ses biftons. Il pique un fard, me demande pourquoi je ne lui ai rien dit. Moi : « Faut bien que tu fasses tes propres expériences du mode de vie américain, non ? »

 

Photographie ©sae185628

Leave a Reply

Your email address will not be published.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.